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Décryptages

    MasterCard et Visa parient sur le QR Code pour contrer l’essor du Mobile Money en Afrique


    Depuis plusieurs mois, les géants mondiaux du paiement, Visa et MasterCard, ont décidé de lancer une offensive sur l’Afrique. L’objectif de la manoeuvre est de déployer à très grande échelle, leurs nouvelles solutions de paiement interopérables, utilisant le Quick Response (QR) pour régler des achats. Par ce biais, les deux entreprises espèrent conquérir un marché africain qui semblait irrémédiablement leur échapper.


    MasterCard semble avoir pris un temps d’avance dans le domaine, avec sa nouvelle solution de paiement connue sous le nom de « Masterpass QR ». La société espère désormais démocratiser à grande échelle cette ancienne technologie remise au goût du jour, dans l’ensemble des pays africains. Pour ce faire, le géant américain ne finit plus d’annoncer moult partenariats avec différents acteurs à travers le continent. Dernier en date, l’accord conclu avec l’antenne kenyane de la banque panafricaine Ecobank, qui se chargera de fournir le service à ses 33 agences à travers le pays. Le 08 September 2016 à Lagos, le Groupe Ecobank avait déjà conclu un protocole d’accord avec MasterCard pour lancer Masterpass QR au Nigéria et dans 34 pays africains où est présent l’établissement bancaire. Un accord qui offre au passage à Ecobank, la possibilité d’atteindre son objectif de 100 millions de clients d’ici 2020.


    Pour MasterCard comme pour Visa, la vision est de soutenir par tous les moyens, les commerces locaux des micros, petites et moyennes entreprises, afin de répondre au mieux à leurs besoins et à ceux des consommateurs. En Afrique, les PME contribuent en effet de manière significative à la croissance économique des marchés nationaux, créant environ 80% des emplois de la région et alimentant une bonne partie de la demande de biens et services. Au Nigéria, pays le plus peuplé du continent, qui se partage avec l’Afrique du Sud le titre de première économie, on estime que 96% des entreprises sont des micros, petites ou moyennes entreprises et qu’une bonne partie d’entre elles utilisent encore l’argent liquide pour leurs transactions quotidiennes. L’introduction de solutions de paiement numériques basées sur la technologie du QR Code pourrait donc aider ces entreprises à devenir plus efficaces, tout en offrant aux banques partenaires la possibilité de proposer une solution rentable et rapide à déployer, leur permettant d’accepter des paiements électroniques.


    Pour les utilisateurs, ces nouvelles solutions présentent également des avantages. Elles favorisent en outre l’accélération et la simplification du processus d’achat, par le fait que les informations sur les cartes de paiement (y compris celles de réseaux autres que MasterCard dans un cas et Visa dans l’autre), ne sont entrées qu’une seule et unique fois. Cela signifie donc que les utilisateurs n’auront plus à s’imposer les tracas dus aux saisies répétitives des détails de leurs moyens de paiement, à chaque  transaction.


    Grâce à son partenariat avec MasterCard, Ecobank a débuté le déploiement de sa plateforme de services bancaires sur mobile, et permettra à ses clients de régler en toute sécurité, des achats en ligne ou en magasin, en scannant simplement un QR code affiché sur leur smartphone.



    Pour MasterCard, des alliances avec les banques africaines pour contrer le mobile money


    Cette initiative majeure entamée avec Ecobank est d’autant plus cruciale que par le biais d’une signature, Masterpass QR accède à 34 marchés nationaux. Le géant américain sait qu’il a encore du chemin à parcourir car même si les taux de bancarisation sont peu élevés dans la grande majorité des pays africains, il n’en demeure pas moins que le nombre d’établissements agréés par les différentes banques centrales y est conséquent. On compte par exemple 27 établissements bancaires autorisés à exercer en Côte d’Ivoire, 14 au Cameroun, 42 au Kenya, 40 en Tanzanie, 33 au Ghana ou encore 22 au Nigéria (qui en comptait 89 auparavant). Dès lors, l’enjeu pour MasterCard est de nouer des partenariats avec le plus grand nombre d’acteurs, afin d’attirer leur clientèle vers sa nouvelle solution de paiement. C’est ce que le leader des moyens de paiement a entamé, en visant à chaque fois les établissements financiers les plus importants du continent, à l’instar de la nigériane Zenith Bank qui, outre son pays d’origine, est également présente en Gambie, au Ghana, en Sierra Leone, en Afrique du Sud et même en dehors du continent en Chine à Dubaï et au Royaume Uni. Le partenariat entre Zenith Bank et MasterCard inclut principalement la mise à disposition pour la clientèle  du service Masterpass QR via une application dédiée.


    En ce début d’année 2017, une autre banque nigériane, United Bank for Africa (UBA) vient également d’annoncer le lancement de sa première application à destination des commerçants du continent, visant à créer un réseau SMART de 100.000 micro-marchands, et à favoriser l’inclusion financière de ces derniers. L’application qui embarquera elle aussi Masterpass QR, devrait permettre à ces marchands d’avoir une meilleure visibilité sur leurs flux financiers, grâce notamment à des notifications de paiements en temps réel, ainsi qu’à la possibilité de consulter leur compte bancaire et d’avoir un aperçu des tendances de ventes directement depuis l’application. Toutes ces données constitueront à terme, une base de travail pour leurs demandes de prêts auprès de la banque. Cette annonce fait suite à l’engagement panafricain pris par UBA et MasterCard en juillet 2016, d’introduire des moyens plus sûrs et plus commodes pour le paiement des biens et services au Nigeria ainsi que dans chacune des 19 filiales africaines de UBA (dont le Kenya, la Tanzanie, le Ghana, le Sénégal ou encore la Côte d’Ivoire).


    Selon Chris Bwakira, vice-président et chef du secteur Afrique de l’Est chez MasterCard, tous ces mouvements visent à promouvoir l’inclusion financière à travers le continent africain. MasterCard s’attend ainsi à ce que ce mode de paiement via QR code décolle considérablement dans les prochains mois, notamment grâce au faible coût de déploiement de la technologie Masterpass QR, comparé à celui requis habituellement pour la mise en place de terminaux de paiements.


    Mais malgré ses grandes ambitions, Masterpass QR aura fort à faire, du fait de la concurrence de nombreux moyens de paiements existants, dont les portefeuilles mobile money, qui sont déjà bien adoptés à travers le continent. C’est le cas notamment au Kenya, où M-Pesa a été précurseur de cette innovation. Là-bas, le paiement par mobile money mis en place par l’opérateur Safaricom est désormais largement plébiscité par une population qui dans sa grande majorité (70%), ne possède pas de compte bancaire. Lancé en 2007, M-Pesa est aujourd’hui utilisé par 27 millions de Kenyans, ayant réalisé 28 milliards de dollars de transactions par ce biais en 2015. Cela équivaut à environ 44% du PIB du pays (qui s’élevait à 63,4 milliards de dollars à la fin de la période). Lors des trois premiers trimestres de 2016, M-Pesa enregistrait déjà 25 milliards de dollars de transactions, ce qui en fait la principale plateforme d’argent mobile au monde en termes de volume et de valeur d’argent échangé. Les services de mobile money sont aujourd’hui disponibles dans plus de 35 pays d’Afrique subsaharienne. Selon un rapport de la Banque Mondiale, sur le ratio du nombre d’adultes détenant un compte mobile le Kenya arrive en tête (58 %), suivi de la Somalie (37 %), de l’Ouganda (35 %) de la Tanzanie (32 %) et de la Côte d’Ivoire (24%).


    Source : Central bank of Kenya

    Même s’il détient une force de frappe importante, MasterCard sait donc qu’il n’arrivera pas de sitôt à détourner les populations de leur moyen désormais naturel de paiement qu’est le mobile money. C’est pourquoi, parallèlement au réseau d’acteurs bancaires qu’il est en train de tisser, l’américain commence à se rapprocher des acteurs du mobile money, comme récemment avec le sénégalais Wari. Comme le suggère l’adage, MasterCard tente ainsi de ne pas « mettre tous ses oeufs dans le même panier ».


    Un accord important avec Snapscan, leader sud-africain du paiement par QR Code


    Afin de faciliter l’adoption de sa solution à l’échelle continentale, MasterCard a donc bien compris qu’il lui faudrait irrémédiablement conclure des accords stratégiques. C’est ce qu’a fait l’entreprise avec Ecobank, Zenith Bank ou encore UBA, même si dans la plupart des pays, le plus dur reste à faire, notamment convaincre et éduquer les populations pour permettre l’adoption d’une nouvelle façon d’effectuer leurs paiements marchands et autres achats en ligne. Sur le continent, une seule économie, à savoir l’Afrique du Sud, a déjà véritablement intégré le paiement par QR Code dans ses habitudes d’achat. Là-bas, contrairement à ce que l’on peut observer ailleurs, le mobile money est très loin du rayonnement dont il bénéficie dans les pays voisins. Ainsi, l’opérateur mobile MTN a par exemple dû suspendre au cours de l’exercice 2016, ses enregistrements de nouveaux clients sur son service MTN Mobile Money qui peinait à décoller, emboitant le pas à Vodacom qui fermait lui aussi, faute de demande, son service M-Pesa.


    En Afrique du Sud, où le taux de bancarisation de la population oscille aux alentours des 70%, ce sont donc les services de paiement adossés aux comptes bancaires classiques qui priment sur ceux des opérateurs télécoms, même si les paiements en liquide sont encore largement dominants. Contrairement au reste de l’Afrique où MasterCard et Visa arrivent en initiateurs de tendance, là-bas, de nombreux acteurs ont déjà introduits des services de paiement par QR Code, à l’instar de FlickPay ou Zapper.


    Popularisé dans le pays grâce à des applications de service de messagerie instantanée telles que BBM de BlackBerry, qui donnait la possibilité d’utiliser un code QR pour inviter des amis sur la plateforme, le QR Code s’est progressivement installé dans le quotidien des sud-africains, sur des affiches publicitaires et ou des vitrines de marques. D’après World Wide Worx, l’Afrique du Sud comptait ainsi en fin 2014, plus de 2,1 millions d’utilisateurs du QR Code. Rapidement, cette technologie s’est aussi imposée dans le pays comme moyen de paiement, grâce notamment à la mise sur le marché de Snapscan, la solution de paiement de la Standard Bank, l’une des banques les plus importantes du pays.


    Description du paiement par QR code de Snapscan, nouveau partenaire de choix pour Masterpass QR

    Pour renforcer ses positions, MasterCard a donc décidé de ne pas attaquer frontalement ce qu’elle aurait pu considérer comme un rival, mais au contraire de conclure un partenariat majeur avec ce dernier en fin d’année 2016, permettant ainsi à son service Masterpass QR d’accéder aux plus 30 000 partenaires sud-africains référencés dans le réseau SnapScan, qui plus que jamais, conserve son statut de leader sur le segment des portefeuilles numériques. Par cet accord, Masterpass pénètre donc davantage le marché local sud-africain. Depuis son lancement dans le pays en juillet 2014, MasterPass a également développé son réseau d’acceptation avec plus de 370 marchands locaux, dont Takealot.com ou encore Flysaa.com (South African Airways).


    Visa espère capitaliser en Afrique, sur son expérience en Inde


    Si MasterCard est donc en train de se déployer avec force sur le continent africain, son éternel rival s’est également lancé sur le créneau du paiement par QR code.


    C’est en Inde que Visa a débuté la phase pilote grandeur nature de son service mVisa, en compagnie de sept banques, dont la State Bank of India (SBI). Dans un pays où l’on enregistre près de 600.000 millions de comptes bancaires pour près d’1,2 milliard d’habitants, Visa a mis en place un service permettant aux utilisateurs d’effectuer simplement des paiements marchands, des paiements en ligne ou encore des règlements de factures depuis leur téléphone mobile. Tout comme MasterCard, la solution fonctionne en scannant un QR Code qui, après avoir entré son code PIN, conclura la transaction par un transfert de fonds du portefeuille électronique du client vers celui du marchand.



    Après avoir été adopté par plus de 20.000 commerçants indiens, Visa a donc décidé de mettre le cap sur l’Afrique, notamment sur ses marchés les plus matures en matière de paiement. C’est donc accompagné de quatre établissements bancaires kenyans à savoir Co-Operative Bank, Family Bank, KCB et NIC Bank que mVisa a débuté son implantation africaine. Selon Andrew Torre, Country Manager du groupe Visa en Afrique subsaharienne, cette signature marque une étape importante, alors que Visa travaille avec ses partenaires kenyans pour apporter une nouvelle solution de paiement mobile et accélérer le commerce. Selon lui, “les Kenyans comprennent déjà les avantages des paiements mobiles, et mVisa leur offre un meilleur moyen de payer et d’être payé, avec un service qui n’est pas limité par le réseau mobile qu’ils utilisent”. Le service apporte également les avantages du réseau mondial de Visa à savoir la sécurité, la fiabilité et l’acceptation globale, et permet aux consommateurs d’effectuer des paiements nationaux et internationaux. Au Kenya, mVisa est déjà accepté par 1 500 commerçants.


    Andrew Torre (au centre), country manager du groupe Visa Afrique subsaharienne, démontrant le fonctionnement de l’application mVisa à Dennis Njau (à droite), Head of Channels Retail Banking chez KCB

    De par sa présence sur un très grand nombre de marchés africains, Visa ne pouvait pas omettre un partenaire aussi important que Ecobank, même si ce dernier a également signé avec MasterCard sur un service équivalent. Ainsi, les deux acteurs ont conclu un protocole d’accord afin d’installer la solution de paiement mobile mVisa dans les mêmes marchés où sera déployé Masterpass QR. Ecobank a déjà débuté la mise en place du service mVisa, lancé prioritairement au Nigeria, au Ghana, en Côte d’Ivoire, au Kenya et en Tanzanie. Il sera par la suite étendu aux autres marchés africains sur lesquels la banque est présente.



    Sur le continent berceau du mobile money, MasterCard et Visa ne désespèrent donc pas de se faire une place sur un marché en plein essor. La prédominance du paiement en liquide dans certaines zones peut en effet jouer en leur faveur. Si d’aucuns reprochent aux deux géants de réagir un peu tardivement, il faut reconnaître que pour ces derniers, la période actuelle est peut-être plus favorable qu’il y a quelques années de cela.


    Une diminution du prix des smartphones


    Tout d’abord, parce que la technologie de Masterpass QR ou mVisa fonctionne principalement à l’aide d’un smartphone, qui sert à scanner depuis son application mobile, le QR code de paiement (même s’il est possible en entrant le code commerçant via un feature phone d’effectuer ses règlements en USSD). Or, sur le continent africain, les téléphones intelligents qui n’ont fait leur arrivée que récemment subissent progressivement une baisse de prix, depuis que certaines marques et opérateurs ont perçu l’intérêt de les distribuer à bas coût. Ainsi, sur le site web d’Orange Cameroun, il n’est plus rare de retrouver aux côtés des iPhones et autres Samsung haut de gamme, des smartphones Alcatel (modèle PIXI 2 MAX) ou Huawei (Y3C) à moins de 50€. Tout comme son concurrent MTN qui propose des smartphones signés de sa propre marque à 27€, l’opérateur français met également en vente, un modèle baptisé Orange Rise 31, vendu à moins de 35€. Sur le portail ivoirien du leader continental du e-commerce Jumia, 15% des 541 smartphones vendus ont un prix inférieur à 67€, 47% ont un prix inférieur à 123€ et 70% ont un prix inférieur à 180€, de quoi favoriser un équipement  massif des populations.


    Cette baisse du prix des smartphones sur le continent entraînant une hausse du taux d’équipement se mesure aisément par la croissance d’abonnés au haut débit mobile en Afrique. Selon GSMA, le nombre de connexions depuis un smartphone a presque doublé au cours des deux dernières années pour atteindre 226 millions, ce qui représente un quart du total des connexions dans la région. Cette croissance a été tirée par une forte consommation sur les marchés possédant les réseaux mobiles les plus développés, comme l’Egypte, le Kenya, le Nigéria et l’Afrique du Sud, ainsi que certains nouveaux marchés pour la 3G, notamment en Algérie, au Cameroun et en République Démocratique du Congo. D’ici à 2020, la GSM Association estime que le nombre de smartphones en circulation sur le continent devrait croître, et que le nombre de connexions pourrait atteindre un demi-milliard, ce qui porterait alors le taux d’adoption à plus de la moitié du total des connexions mobiles.


    Données : GSMA

    Un taux de bancarisation en augmentation malgré tout


    À côté du taux d’équipement en smartphones en hausse constante, il existe un deuxième motif qui pourrait sans doute jouer un rôle déterminant dans l’adoption des services Masterpass QR et mVisa. En effet, de plus en plus de populations entrent progressivement dans un circuit financier formel en souscrivant à des ouvertures de comptes bancaires (même si les taux de croissance des populations bancarisées sont loin des performances de recrutement de nouveaux clients par les opérateurs mobile et leurs portefeuilles de mobile money).


    Qui dit équipement croissant en smartphones et taux de bancarisation en hausse, dit plus de personnes ayant la possibilité d’enregistrer une carte bancaire dans leur mobile pour pouvoir régler des achats par QR Code chez un commerçant, ou effectuer des paiements à un prestataire ne disposant d’un terminal de paiement classique.


    Dans l’espace UEMOA comme sur le reste du continent, ces chiffres en hausse (voir figure ci-dessous) trouvent une partie de leur explication dans le fait que les banques africaines n’hésitent plus à revoir leurs business models, longtemps basés sur des coûts de déploiement physique élevés qui freinent leur expansion et se traduisent par la faible densité de leur réseaux.


    Désormais, les banques orientent leur stratégie non plus seulement vers des segments de clientèle aisée, mais également en direction des classes moyennes en forte expansion. Pour cela, bon nombre d’entre elles n’hésitent plus à sortir de leurs agences traditionnelles, afin de délivrer des services bancaires depuis un réseau d’agents externes (composé de stations essences, boutiques, etc.) qui effectuent en leur nom, diverses opérations bancaires pour le client. Mais dans certains pays, la hausse des bancarisés est aussi et surtout le fait de décisions prises au plus haut sommet de l’Etat.


    Un changement au niveau des politiques nationales en place : l’exemple nigérian


    C’est au Nigéria, pays dont la vision est de devenir l’une des vingt économies les plus importantes du monde à l’horizon 2020, que Visa et MasterCard ont choisi de faire leurs premiers pas, et on comprend aisément pourquoi.


    Au travers de sa Banque Centrale (CBN), le Nigéria a adopté en 2012 une nouvelle politique sur les transactions en espèces, imposant une “charge de détention d’argent liquide” sur les retraits quotidiens ou les dépôts de cash dépassant 468€ (150.000 nairas) pour les particuliers et 3123€ (1.000.000 de nairas) pour les sociétés. Du nom de “Cash-Less Nigeria Project”, cette directive vise surtout à réduire le montant d’argent physique (pièces et billets) circulant dans l’économie et à encourager transactions électroniques (paiements pour des biens, services, transferts, etc.).


    Données : Banque centrale du Nigéria

    Le volume de transactions effectuées sur un TPE au Nigéria est en forte hausse depuis l’introduction du “Cash-Less Nigeria Project”, passant 1.350.000 transactions en janvier 2014 à 6.976.520 transactions en novembre 2016.


    Données : Banque centrale du Nigéria

    Tout comme le volume de transactions, la valeur des transactions effectuées sur un TPE au Nigéria, elle aussi en forte croissance, est passée de 69.710.000€ en janvier 2014 à 253.430.000€, soit une augmentation de près de 254% en l’espace de 3 ans.


    Bien que tous ces éléments favorables que sont la baisse du prix des smartphones, l’augmentation du taux de bancarisation ou encore les changements de politiques à l’instar de ceux observés au Nigéria, créent un cadre idéal pour les géants Visa et MasterCard, ceux-ci devront composer avec des opérateurs de mobile déjà fortement présents sur le continent et qui ne comptent pas se laisser faire.


    Les opérateurs télécoms n’ont pas dit leur dernier mot


    Les démarches entamées par MasterCard et Visa dans le cadre de leur politique de conquête du continent africain pourraient à terme porter leur fruit. Mais pour cela, il faudrait que ces derniers réussissent à détrôner le mobile money fortement ancré dans habitudes de paiement des populations, d’autant plus que les opérateurs télécoms déjà bien implantés ne comptent pas ralentir leur cadence d’enrôlement de nouveaux clients sur leurs offres.


    Il y a encore peu de temps, le mobile money souffrait d’un principal handicap dans ses possibilités d’utilisation, à savoir le paiement marchand. En effet, depuis qu’il a été mis en service en 2007, le paiement par mobile était principalement utilisé pour un nombre restreint d’opérations. Ainsi, selon GSMA, en 2015, plus de 80% de la valeur des transactions par mobile money était concentrée entre deux opérations que sont les transferts d’argent de personne à personne (P2P) qui représentaient 71% du total, et le règlement de factures (d’électricité, d’eau, d’abonnement télévisés…) qui représentait 11% du total. Bien que bénéfiques au plus grand nombre, ces possibilités restreintes constituaient donc le talon d’Achille du mobile money (le manque d’interopérabilité des divers services ne pouvant être compté comme une faiblesse car relevant plus d’une décision stratégique des opérateurs que d’une situation imposée).


    Voyant arriver sur leur terrain les deux géants américains du paiement, les fournisseurs de services de mobile money ont décidé de réagir, en élargissant leur spectre de couverture au paiement marchand. Si la démocratisation du mobile money dans le paiement marchand s’est faite plus tardivement, c’est notamment dû à la multitude de solutions existantes sur les marchés locaux, qui rendait difficile pour un commerçant, la mise à disposition d’un service unique de paiement satisfaisant toute sa clientèle (à moins que ce dernier ne souscrive à autant de portefeuilles mobile money qu’il n’existe de solutions sur le marché). De plus, la diversité des téléphones en circulation compliquait l’adoption d’une technologie unique pour tous.


    Les opérateurs mobile au rang desquels MTN et Orange, ont donc su trouver une parade qui commence déjà à faire mouche auprès de leur clientèle respective. En effet, ces derniers viennent de mettre sur le marché, des stickers NFC reliés aux portefeuilles mobile money de leurs clients, afin que ces derniers puissent effectuer leurs achats au supermarché, en taxis ou en magasin, sans avoir besoin d’être équipé d’un smartphone embarquant cette technologie sans contact. Safaricom serait dans ses dernières phases test, avant de mettre également en service une offre similaire dans son portefeuille M-Pesa.


    L’un des principaux avantages de cette nouvelle offre est qu’elle permettra aux utilisateurs, sans modifier leurs habitudes quotidiennes, de pouvoir effectuer plus d’opérations avec leur portefeuille mobile money, là où MasterCard et Visa, accompagnés de leurs partenaires bancaires devront éduquer leur clientèle à ce nouveau mode de paiement. Les deux business models étant basés sur une stratégie de réseau, la course à la montre est donc lancée, afin d’attirer le plus grand nombre de partenaires dans son giron, pour offrir plus de liberté aux clients en multipliant les moyens de paiements mis à leur disposition.


    Au final, il pourrait n’y avoir aucun perdant dans cette course, et ces différents moyens de paiement attireront sûrement à terme, des profils différents d’individus selon l’utilisation qui en sera faite.